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2014-02-12

2014-02-11: John Luther Adams, Andrea Hermenau Quartet, Knyst!, Bolide, Matana Roberts

Journal d'écoute / Listening Diary 
2014-02-11

JOHN LUTHER ADAMS / For Lou Harrison (New World Records)
Fin du cycle d’hommages d’Adams (après Clouds of Forgetting, Clouds of Unknowing et In the White Silence), cette fois au grand compositeur Lou Harrison, qui fut son mentor. Composée en 2003-2004 (et parue sur disque en 2007), For Lou Harrison est une vaste œuvre d’une heure pour quatuor à cordes “solo”, ensemble à cordes (18 musiciens) et deux pianos. Toutes ces parties sont confiées au Callithumpian Consort dirigé par Stephen Drury. Comme les autres œuvres de cette série, on ne sait plus trop si on se trouve dans une composition linéaire ou dans un environnement sonore. J’opte pour le second terme. L’alternance entre deux thèmes principaux crée une impression d’éternel recommencement, d’espace sans fin qui est typique d’Adams et qui m’enchante, encore plus ici que dans les deux premiers volets. Les pianos plaquent des accords et égrènent des arpèges, les cordes entrent et sortent avec délicatese, on se laisse bercer par l’ensemble. Le tout rayonne de beauté, de sollicitude, d’un amour profond et élégiaque.
The conclusion of Adams’ cycle of homages (after Clouds of Forgetting, Clouds of Unknowing and In the White Silence), and this one is a tribute to Adams’ mentor Lou Harrison. Composed in 2003-2004 (and released on CD in 2007), For Lou Harrison is a vast hour-long piece for “solo” string quartet, 18-piece string ensemble, and two pianos. All these parts are handled by The Callithumpian Consort conducted by Stephen Drury. As with the other works in this cycle, the music feels more like a sound environment than a linear composition. The shifting between two main themes creates a feeling of walking in circles, of endless space, which is typical to Adams and which thrills me, more so here than in the first two installments. The pianos strike chords and runs arpeggios while the strings enter and exit delicately. I let myself be rocked by the whole thing. The piece resonates with beauty, sollicitude, deep and elegiac love.

Andrea Hermenau est une chanteuse de jazz à la voix agréable et séduisante, mais ses compositions sont un peu trop BCBG à mon goût. Elle fait tout de même preuve de créativité et laisse ses musiciens s’amuser un peu. L’album s’écoute bien, mais il est trop propre.
Andrea Hermenau is a jazz singer with a fine, seductive voice, but her compositions are too yuppie for me. Still, she displays some creativity and lets her musicians have fun. The album goes down well; it’s just too “clean” for me.

Un trio norvégien de jazz actuel qui vient de publier un CD chez Gaffer. Saxo alto (Kasper Skullerud Værnes), contrebasse (Christian Meaas Svendsen) et batterie (Andreas Wildhagen). Beaucoup de place à l’improvisation, mais des pièces plutôt courtes, ramassées. Solide, bien mené, belle interaction, mais rien pour se distinguer des nombreux autres trios du genre.
A Norwegian avant-jazz trio who just released a CD on Gaffer. Alto sax (Kasper Skullerud Værnes), doublebass (Christian Meaas Svendsen), and drums (Andreas Wildhagen). Lots of room for improvisation, but the tracks are rather short and to the point. Strong, good interaction, but there’s nothing here to let this band stand out from all the similar trios.

Mon premier contact avec Bolide, groupe formé à Brighton en 2007 et dont les membres utilisent des pseudonymes. Il s’agit d’un groupe d’improvisation électroacoustique où se mélangent enregistrements et instruments – je crois. En fait, c’est possiblement à rapprocher de ce que faisait Violence and the Sacred dans les années 80-90, mais en moins... convaincant.
My first contact with Bolide, a group formed in Brighton in 2007, and whose members use pseudonyms. Electroacoustic improvisation blending instruments and recordings – I think. Actually, this could be compared to what Violence and the Sacred used to to in the ‘80s and ‘90s... though in a less convincing manner.

MATANA ROBERTS / Coin Coin Chapter Two: Mississippi Moonchile (Constellation)
La suite attendue du projet Coin Coin. J’ai eu le bonheur d’attraper le premier chapitre sur scène: tout simplement fabuleux. Pour ce deuxième volet, Roberts maintient le sujet (l’émancipation des Afroaméricains) et l’approche (mélange d’histoire officielle et familiale), tout en changeant la manière (une suite en 18 mouvements au lieu d’une série de pièces indépendantes) et en réduisant le personnel. Au lieu du grand groupe de musiciens montréalais du premier album, on a droit à un sextette américain. Notons la présence de Shoko Nagai au piano, de Tomas Fujiwara à la batterie, et d’un ténor lyrique: Jeremiah Abiah. Voilà [le ténor] qui aurait pu tourner au drame (littéralement et figurativement), mais sachez que Roberts ne cède pas sa place et pousse chansons et harangues, souvent soutenues par tous les musiciens. Le ténor apparaît à des moments bien spécifiques et il sert très bien son rôle, apportant un contraste flagrant entre blues et musique sérieuse, haute société et plèbe, blancs et noirs, etc. Un disque conçu pour bousculer des idées reçues, pour émouvoir aussi, et c’est parfaitement réussi. [Ci-dessous: Un extrait de l’album.]
The anticipated second part of Roberts’ Coin Coin project. I was blessed to catch a live performance of Chapter One, and it was phenomenal. For this second installment, Roberts maintains the topic (the emancipation of Afro-Americans) and the approach (blending national history with family history), while changing the manner (a suite in 18 movements instead of a cycle of autonomous pieces) and reducing the line-up. Indeed, instead of the large ensemble of Montrealers featured on Chapter One, this time we have a US sextet. Of note are pianist Shoko Nagai, drummer Tomas Fujiwara, ...and operatic tenor Jeremiah Abiah. This [the tenor] could have turned sour, but rest assured: Roberts stills sings and rants, often backed by the whole band. The tenor appears at specific moments, bringing in sharp contrasts – serious music vs. blues, elite vs. litter, white vs. black, etc. This record is designed to shake things up, also to move, and it’s a complete success.  [Below: An excerpt of the album.]


2014-01-07

2014-01-05/06: John Luther Adams, Hannes Lingens, Diatribes, RLW/SRMeixner, Andrew Young, Goat

Journal d'écoute / Listening Diary
2014-01-05/06

JOHN LUTHER ADAMS / In the White Silence (New World Records)
En octobre, je me suis offert, pour mon anniversaire, quelques disques du compositeur alaskois John Luther Adams qui manquaient à ma collection. Et j’attends le moment idéal pour en faire l’audition – des moments rares, semble-t-il. Mais tôt ce matin, moment parfait pour écouter In the White Silence, une œuvre lumineuse de 1998, composée à la mort de son père. Instrumentation inusitée: cordes, célesta, harpe, vibraphones. Structure répétitive (ABAC répétée cinq fois) alternant textures abstraites, passages mélodiques et contrepoints. Beaucoup de silence, d’espace, de scintillements et de miroitements. C’est ce genre de beauté un peu confuse que j’aime le plus dans l’œuvre d’Adams. Oui, “In the White Silence” pourrait faire une demi-heure de moins (ou deux heures de plus) et ça changerait bien peu de choses, mais la durée retenue (75 minutes) transmet bien l’idée des grands espaces et de la répétitivité des paysages de l’Alaska.
Back in October, for my birthday, I gave myself a few CDs by composer John Luther Adams – old titles I was missing. And I have been waiting for ideal moments to listen to them since, which seem to happens once a month. However, early this morning was the perfect oportunity to audition In the White Silence, a brilliant work from 1998, composed when Adams’ father passed away. Unusual instrumentation: strings, celesta, harp, vibraphones. Repetitive structure (ABAC repeated five times) alternating abstract textures, melodic passages, and counterpoint. Lots of silence, space, scintillations and moirés. This type of slightly confused beauty is what I like the most in Adams’ œuvre. Yes, “In the White Silence” could be a half hour shorter (or two hours longer) and it wouldn’t change much, but its actual duration (75 minutes) conveys the notion of Alaska’s wide spaces and repetitive landscapes.

HANNES LINGENS / Four Pieces for Quintet (INSUB.)
L’étiquette Insubordinations, qui a commencé comme netlabel gratuit, puis est passé à la production de CD physiques, a eu une idée novatrice: revenir à l’album par téléchargement, mais payant cette fois, et en offrant un produit physique qui accompagne l’album virtuel (pour l’occasion, elle s’est rebaptisée INSUB.). Elle vient de publier deux titres dans cette nouvelle série, dont Four Pieces for Quintet de Hannes Lingens, qui se présente sous la forme d’un coffret cartonné format portefeuille qui contient une affiche A3 reproduisant les partitions graphiques de Lingens, accompagnées d’une entrevue… et c’est tout. Pour la musique, il faut utiliser le code de téléchargement imprimé sur l’affiche. Belle idée de compromis entre le règne du fichier numérique et l’attachement à l’objet physique. Parlons maintenant du contenu: quatre pièces de cinq minutes pour quintette (alto, clarinette deux contrebasses et l’accordéon de Lingens), constituées de notes tenues d’une durée déterminée par la partition, celle-ci consistant en blocs de couleurs, chacun représentant une note et un bloc temporel de 15 secondes. Simple, minimaliste, plutôt froid, mais non dénué de charme, et réussi dans l’exécution.
The label Insubordinations, which started out as a free netlabel, then moved on to CD releases, has had an innovative idea: pay-per-download releases assorted with a physical sleeve (and for the occasion, it rechristened itself INSUB.). INSUB. just released the first two titles in this new series, one of which being Four Pieces for Quintet by Hannes Lingens. The physical product consists in a wallet-sized cardboard sleeve containing an A3-size poster reproducing Lingens’ graphic scores plus an interview… and that’s all. To hear the album, you have to use the download code printed on the poster. Nice compromise between the tyranny of the digital file and the attachment to the physical object. Now, about the music: four five-minute pieces for quintet (viola, clarinet, two doublebasses, and Lingens’ acordion), consisting of sustained notes of a duration and pitch determined by the score. The score itself is a series of coloured blocks, each block accounting for 15 seconds of playtime. Simple, minimalistic, rather cold, but not without its charm, and the execution is convincing.

 DIATRIBES / Augustus (INSUB.)
Et voici le deuxième titre de cette série, le premier album “solo” du duo Diatribes: Cyril Bondi au tambour et aux objets, d’incise à l’ordi et aux objets. Ce duo de percussionnistes (d’abord et avant tout) roule sa bosse depuis un bon bout de temps, et ils vivent des fascinantes aventures. C’est donc avec des attentes élevées que j’ai abordé ce disque, constitué d’une seule improvisation de 38 minutes. Attentes comblées, m’empressai-je d’ajouter. Une musique riche, qui mêle calme et tempête, presque-silence et boucan, et qui passe plusieurs états d’âme. Symphonie d’objets et de sons hétéroclites, dont le mode d’itération perd rapidement de son importance à mesure qu’on se trouve happé par le discours sonore de ces deux grands conteurs de l’abstrait.  [Ci-dessous: Un extrait d’“Augustus”.]
And this is the second title in the series, the first “solo” album by the percussion duo Diatribes: Cyril Bondi on floor tom and objects, d’incise on laptop and objects. This duo has been around for a while, and they have been having fascinating adventures, so I approached this album – a single 38-minute improvisation – with high expectations. Well, expectations met! Rich music that ranges from calm to storm, from near-silence to full-on racket, with several intermediate states in-between. A symphony of diverse objects and sounds whose origin quickly becomes irrelevant as we get sucked into the narrative of these master storytellers of the abstract world.  [Below: An excerpt from “Augustus.”]

RLW & SRMEIXNER / Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype – merci à/thanks to Dense Promotion)
Collaboration entre Ralf L. Wehowsky (de P16.D4) et Stephen Meixner (de Contrastate) autour de la notion de succès populaire. Onze morceaux qui tiennent à la fois du collage, du plunderphonics, de l’électroacoustique et du hörspiel. Amusant, profond, ridicule, très solide et conçu pour vousperdre joliment. [Ci-dessous: Un court extrait de “Old Hearts Rejuvenated”.]
Collaboration between Ralf L. Wehowsky (of P16.D4) and Stephen Meixner (of Contrastate), around the notion of the pop hit. Eleven pieces that are somewhere between collage, plunderphonics, electroacoustics, and hörspiel. Fun, deep, ridiculous, very strong, and designed to lose you.  [Below: A snippet from “Old Hearts Rejuvenated.”]

ANDREW YOUNG / Inkplaces (Spectropol)
Mini-album du jeune électroacousticien Andrew Young (22 ans). Sons de piano, enregistrements de terrain, beaucoup d’autres choses aussi dans cette toile sonore dont la logique interne m’échappe. Intéressant, prometteur, mais pas pleinement abouti – et loin de moi l’idée d’exiger cet aboutissement à un si jeune âge. C’est pourquoi je tenterai de garder un oeil sur lui.
EP from a 22-year-old electroacoustician, Andrew Young. Piano sounds, field recordings, lots of other things too in this sonic tapestry… whose internal logical escapes me. Interesting, promising, but not fully formed – and I wouldn’t expect a fully-formed artistic vision from an artist this young. That’s why I’ll try to keep an eye on him.

GOAT / Live Ballroom Ritual (Rocket Recordings)
Album en concert enregistré fin juillet 2013. Côté énergie et intensité, ce disque démontre que Goat mène un groove d’enfer sur scène. Ma seule déception – et ce qui fera que je reviendrai beaucoup plus souvent vers leur album studio World Music que vers ce live – c’est que les deux chanteuses faussent considérablement. Ça me déplait. On dirait qu’elles ne s’entendent pas. Dommage. Autrement, le groupe joue toutes les chansons de World Music, plus les deux faces du single “Stonegoat”, et on a droit à une version de dix minutes de “Det Som Aldrig Förändras” croisée avec une chanson traditionnelle suédoise “Kristallen den Fina”) – le moment fort.
Live album recorded in late July 2013. In terms of drive and intensity, this album demonstrates that Goat can shake some serious ass on stage. My only disappointment – and the reason why I will spin their studio debut World Music more often than this live set – is that their two female singers often sing out of key here. It’s annoying. It feels like they can’t hear themselves sing. Too bad. Otherwise, the band performs all the songs on World Music, plus both sides of the “Stonegoat” single. The highlight is the 10-minute version of “Det Som Aldrig Förändras” with a Swedish traditional folk song interpolated.


2013-11-06

2013-11-05: Webster/Holub, Dead Neanderthals, Rhys Chatham, Mona Lisa, John Luther Adams

Journal d'écoute / Listening Diary 
2013-11-05

COLIN WEBSTER & MARK HOLUB / The Claw (Raw Tonk Records)
Jolie décharge électrique pour ce mardi matin: le saxo (alto, ténor, baryton) Colin Webster et le batteur Mark Holub, dans une série d’improvisations viscérales jouant entre le défoulement et la complainte. Webster est très expressif, un peu comme Paul Flaherty, bien que son son soit un peu plus sinueux, glissant. Et Holub affiche une large palette de couleurs percussives. “The Long Forgotten” et “We’re Done Here” déballent des changements progressifs d’ambiance étonnants.
That’s a nice electroshock to start the day. Sax man (alto, tenor, baritone) Colin Webster and drummer Mark Holub, in a series of visceral free improvisations that range from all-out release to quiet lament. Webster’s playing is highly expressive, aking to Paul Flaherty’s, though in a more sinuous, slippery way. And Holub displays a wide palette of percussive colours. “The Long Forgotten” and “We’re Done Here” unfold surprising gradual shifts in mood.

Dead Neanderthals est un trio de fire music: deux saxos (Colin Webster et Otto Kokke) et une batterie (Rene Aquarius). Improvisations sulfureuses, crues, qui me rappellent cette fois l’ensemble Little Women de Darius Jones – avec un fond de Borbetomagus. Décapant mais sous contrôle.
Dead Neanderthals is a Fire Music trio: two saxes (Colin Webster and Otto Kokke) and drum kit (Rene Aquarius). Sulfurous, raw improvisations that remind me this time of Darius Jones’ Little Women – with a side of Borbetomagus. Paint-peeling but under control.

RHYS CHATHAM / Harmonie du soir (Northern Spy)
Le gourou du noise rock publie dans quelques jours un nouveau disque chez Northern Spy. Solide galette. “Harmonie du soir”, pour six guitares électriques, basse et batterie, est une petite merveille qui propose trois finales au cours de ses 22 minutes. Musique répétitive évidemment, mais entraînante et très sereine. “The Dream of Rhonabwy” pour harmonie de 70 musiciens, tente le même genre de formule, mais elle est plus lourdaude – en raison de l’instrumentation. Tout de même intéressant. Le CD se termine sur “Drastic Classicism Revisited” en power trio – complètement autre chose, cette pièce efface toutes les lourdeurs de la pièce précédente. (Le vinyle omet cette dernière pièce, tout en l’offrant en téléchargement bonus.) Un peu inégal, donc, mais fort satisfaisant, surtout pour la pièce titre, qui s’avère du grand Chatham.  [Ci-dessous: Un montage d’extraits de l’album.]
The guru of noise rock is releasing in a few days a new album on Northern Spy. A strong record. “Harmonie du soir” for six electric guitars, bass, and drums, is a gem that goes through three finales over its 22-minute course. It’s repetitive music, of course, but it’s also driving and surprisingly serene. “The Dream of Rhonabwy” for 70-piece brass band attempts the same formula, with heavier, sloppier results – due to the instrumentation. Still interesting. The CD concludes with “Drastic Classicism Revisited” in power trio mode – something else, entirely, this track obliterates any memory of the dragginess that permeated the previous track. (The vinyl edition omits this final piece, while offering it as downloadable bonus track.) Slightly uneven, Harmonie du soir is still a very satisfying listen, with the title track being a major Chatham opus.  [Below: Excerpts of each piece edited together.]

MONA LISA / Grimaces (Musea)
Le deuxième album du groupe français de rock progressif Mona Lisa, paru en 1975. Il précède Le Petit Violon de Monsieur Grégoire, qui lui est en tous points supérieur (écriture, interprétation, réalisation). À première écoute, Grimaces m’a fait grimacé: j’y entends tous les excès du rock progressif français – la grandiloquence, la théâtralité outrancière, les références scabreuses. Dominique LeGuennec n’a pas la voix de Christian Décamps (d’Ange), et il tente de nous le faire oublier en haranguant, en criant, en surjouant ses personnages (à ce chapitre, “Accroche-toi et suis-moi” est particulièrement pénible). Tout cela, on le trouve aussi sur Le Petit Violon…, mais mieux dosé et avec des arrangements plus éloquents. Cela dit, “Au pays des grimaces” est amusante et “Manèges et chevaux de bois” a de l’audace.
French progressive rock band Mona Lisa’s second LP, released in 1975. It precedes Le Petit Violon de Monsieur Grégoire, which bests it in all aspects (songwriting, performance, production). On first listen, Grimaces had me grimacing: I hear on it all the excesses of French prog rock: the grandiloquence, the over-the-top theatricality, the scatological references. Dominique LeGuennec is no Christian Décamps (of Ange) when it comes to singing, and he tries to make up by heckling and shouting and overplaying his characters (and in that regard, “Accroche-toi et suis-moi” is particularly irritating). Of ocurse, all that is also present on Le Petit Violon…, but in easier doses and coated with more eloquent arrangements). That being said, “Au pays des grimaces” is a fun track, and “Manèges et chevaux de bois” is a bold mini-epic.

JOHN LUTHER ADAMS / Clouds of Forgetting, Clouds of Unknowing (New World Records)
Pour mon anniversaire, je me suis offert quelques disques du compositeur alaskois John Luther Adams. Dans Clouds of Forgetting, Clouds of Unknowing (1997), il s’intéresse à la gamme chromatique avec l’orchestre de chambre Apollo. La partition de cette œuvre de 61 minutes évolue graduellement de la seconde mineure à la septième majeure, pour finir sur une délicate octave qui n’a rien de victorieuse. Ce type de système, de canevas autoimposé assez rigide, est inusité chez Adams. Or, il réussit à s’y plier tout en le déjouant, à alterner passages riches en cordes, riches en bois, riches en percussions, à faire chanter les intervalles, particulièrement dans les transitions. Probablement qu’il aurait pu “dire” tout ça en moins d’une heure – l’œuvre traîne en longueur – mais c’est absorbant.
For my birthday, I treated myself to a few CDs by Alaska-based composer John Luther Adams. In Clouds of Forgetting, Clouds of Unknowing (1997), he focuses on the chromatic scale with the Apollo Chamber Orchestra. The score of this 61-minute work gradually and relentlessly moves from minor seconds to major sevenths, to conclude on a delicate octave that almost feels like an afterthought – or a concession. This type of system, of self-imposed framework, is unusual in Adams’ oeuvre. However, he manages to play with it, alternating string-heavy, wind-heavy, and percussion-heavy passages, and make the intervals sing, especially during transitions. Adams probably could have “said” everything he had to say in less than an hour – the piece sprawls out too much – but it’s an absorbing work.


2013-01-16

2013-01-15: David Rosenboom, Taylor Deupree, Doubt


Journal d'écoute / Listening Diary 
2013-01-15

DAVID ROSENBOOM / In the Beginning (New World Records)
Il ne s’agit pas des premières œuvres du compositeur américain David Rosenboom, mais bien de sa série intitulée “In the Beginning”, qui regroupe cinq pièces et trois études composées entre 1978 et 1981. Et dans cette série, il a développé un modèle musical fondé entièrement, sous tous ses aspects, sur les proportions harmoniques. Retenons le mot qu’utilise Chris Brown dans ses notes de livret: harmonicisme, au même sens que sérialisme. Deux des pièces ont été composées pour les synthétiseurs de Buchla – celles-ci sont présentées dans des enregistrements d’époque en concert (très bien réalisés). Les autres ont droit à des enregistrements récents en studio. L’ensemble du cycle couvre une large palette, allant de la musique électronique et de l’ordinateur au solo de piano, au trombone multipisté, au quintette à vents et à l’orchestre de chambre. “In the Beginning III: (Quintet)” propose un bel équilibre entre conceptualisation et pure beauté. Et il faut retenir la dernière pièce du cycle, “In the Beginning V: (The Story)” pour orchestre de chambre où, en 20 minutes, Rosenboom reprend et redéveloppe les idées des pièces précédentes en une suite-synthèse fort concluante. Deux disques compacts accompagnés d’un essai approfondi signé Chris Brown.
This album does not cull American composer David Rosenboom’s early works. Instead, it gathers the five pieces and three etudes he wrote between 1978 and 1981 as part of a cycle entitled “In the Beginning.” In the course of this series, he developed a musical model whose aspects were all based on harmonic proportions. In his liner notes, Chris Brown suggests the word harmonicism (like in serialism) to describe Rosenboom’s approach. Two of these pieces were composed for Buchla synthesizers – they are presented in period live performances (the sound is very good). The other works are represented by recent studio recordings. The cycle as a whole covers a wide range of instrumentations, from electronics and computer to piano solo, multitracked trombone, wind quintet, and chamber orchestra. “In the Beginning III: (Quintet)” features a fine balance between concept and sheer beauty. But the gem here is “In the Beginning V: (The Story)” for chamber orchestra, a 20-minute suite where Rosenboom revisits the ideas developped in the previous pieces. It makes for an impressive synthesis. Two CDs with in-depth notes by Chris Brown.

TAYLOR DEUPREE / Faint (12k - merci à/thanks to Dense Promotion)
Taylor Deupree continue de pondre des disques magiques. Faint, c’est 50 minutes d’électronique ambiente délicate, immatérielle, lumineuse... Certains ajouteraient “insubstantielle”, et ce n’est pas faux: avec le temps, la musique de Deupree, autrefois qualifiée d’expérimentale et prisée dans les milieux d’avant-garde, sonne de plus en plus “mainstream” à mes oreilles. Et même pour du Deupree, Faint est particulièrement facile d’écoute – une splendide écoute, mais c’est un disque prévisible, sans surprise.
Taylor Deupree continues to work his magic. Faint is 50 minutes of ambient electronic bliss – delicate, ethereal, luminous. Some might also say “insubstantial” and it’s kind of true: with time, what was once seen as an “experimental” approach – Deupree is praised in avant-garde music circles – is now sounding more and more mainstream to my ears, and Deupree’s Faint is a particularly easy listen – don’t get me wrong, it’s a gorgeous listen, but it’s definitely predictable.

DOUBT / Mercy Pity Peace & Love (Moonjune)
Deuxième album du trio formé par Alex Maguire (claviers), Michel Delville (guitare) et Tony Bianco (batterie) – sans invités cette fois. Mélange de compositions originales et d’improvisations libres, dans un style jazz-rock fuzzé qui rappelle Mahogany Frog plus que l’école de Canterbury. Et une reprise de “Purple Haze” qui réinvente  ce classique d’un bout à l’autre. Les sons d’orgue de Maguire sont juteux à souhait, et l’album maintient un rythme enlevant. Très bien.  [Ci-dessous: Écoutez l’album sur bandcamp.]
Second album from this trio consisting of Alex Maguire (keys), Michel Delville (guitar), and Tony Bianco (drums) – no guests this time. A blend of original compositions and free improvisations, all in a fuzzed-up jazz rock style that is more Mahogany Frog than Canterbury sound. Plus a cover of “Purple Haze” where the trio reinvent this song from A to Z. Maguire’s organ sounds are marvelously juicy, and the album sustains a captivating pace. Very good.  [Below: Preview the album at bandcamp.]