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2014-11-03

2014-10-31: Marsen Jules, Gabriel Saloman, Lenoci/Carter/Elgart, Daniel Blacksberg Trio, The Nihilist Spasm Band

Journal d'écoute / Listening Diary 
2014-10-31

Non, je ne ferai rien de spécial pour l’Halloween.
No, I won’t do anything special for Halloween.

MARSEN JULES / At GRM (Oktaf – merci à/thanks to Dense Promotion)
Déjà un nouveau Marsen Jules, alors que Beautyfear me semble encore tout frais. Ce disque de 34 minutes est le résultat d’une résidence de deux semaines dans les studios du Groupe de recherche musicale de Paris, mais je n’y entends rien de bien différent. Le CD propose deux morceaux d’électronique ambiante de 18 et 16 minutes. Planant, enveloppant, filtré; plus “propre” que les concoctions de Lawrence English, moins statique que celles de Celer, mais surtout moins distinctif que Beautyfear.
A new Marsen Jules already? Beautyfear still feels fresh! This new 34-minute CD is the result of a two-week residency at the GRM studios in Paris, but I can’t say I’m hearing different results. The album consists of two ambient electronic tracks of 18 and 16 minutes. Trippy, engulfing, filtered; “cleaner’ than Lawrence English’s concoctions, less static than Celer’s, but most of all less unique than Beautyfear.

 GABRIEL SALOMAN / Movement Building Vol. 1 (Shelter Press - merci à/thanks to Dense Promotion)
L’ex Yellow Swans Gabriel Saloman propose le premier de deux vinyles (j’ai eu un promo numérique) intitulés Movement Building. Ce premier tome a été composé à l’origine pour une chorégraphie de Daisy Karen Thompson. La face A propose un drone de guitare sombre et riche, additionné d’une légère intervention à la caisse claire. La face B propose une texture bruitiste qui gonfle, s’emballe et se transforme en hymne post-rock à la sauce Godspeed You Black Emperor. Surprenant, mais réussi. [Ci-dessous: Un extrait de la face A.]
Ex-Yellow Swans Gabriel Saloman delivers the first of two LPs (I got a digital promo) entitled Movement Building. This first volume was composed for a dance choreographed by Daisy Karen Thompson. Side A features a dark and rich guitar drone with a delicate snare drum intervention added in. Side B consists in a noisier texture that builds, freaks out and turns into a post-rock hymn a la Godspeed You Black Emperor – a surprising twist, but well done. [Below: An excerpt from Side A.]

GIANNI LENOCI, KENT CARTER & BILL ELGART / Plaything (No Business)
Les No Business d’hier étaient des CD; ceux d’aujourd’hui sont parus uniquement sur vinyle (j’ai eu un CDr). À commencer par ce mignifique disque de jazz créatif, certainement le meilleur truc que j’ai entendu du pianiste Gianni Lenoci. Et j’adore le contrebassiste Kent Carter, au son si souple, si tendre, même quand il joue agressif. Le batteur Bill Elgart complète agilement la formation. Cinq compositions de Lenoci, une de chacun des deux autres; musiques rêveuses, sensibles, d’expérience trempée. Un ravissement. [CI-dessous: Un extrait de deux minutes de “Plaything”.]
The No Business releases I reviewed yesterday were CDs; today’s are available only on LP. Starting with this wonderful creative jazz album, surely the best thing I’ve heard from pianist Gianni Lenoci. And I just love Kent Carter’s bass playing, so supple, so tender, even when he plays hard. Drummer Bill Elgart more than adequately completes this trio. Five Lenoci compositions, one each by the other two musicians. Dreamy, sensitive music, the fruit of hardened experience. Pure delight. [Below: A two-minute excerpt of “Plaything.”]

DANIEL BLACKSBERG TRIO / Perilous Architecture (No Business)
Trio intéressant dirigé par le tromboniste Daniel Blacksberg, qui compose tout le matériel, bien que celui-ci laisse beaucoup de place à l’improvisation libre. Écriture éclatée – en fait, on oublie souvent qu’il s’agit de compositions, le groupe passant régulièrement en mode improvisation libre à l’européenne. Cela dit, c’est simplement moins bon que Plaything de Lenoci/Carter/Elgart, mais mon écoute s’en ressent.
Interesting trio led by trombonist Daniel Blacksberg, who writes all the band’s material, though there’s lots of room left for free improvisation. Scattered writing – I often lose track of the composition, the band diverting into European-style free improvisation. That being said, this album is simply less good than Lenoci/Carter/Elgart’s Plaything, and that affects how I’m perceiving Perilous Architecture.

THE NIHILIST SPASM BAND / No Record (Lion Productions)
J’ai dit que je ne faisais rien de spécial pour l’Halloween et c’est vrai. Cela dit, certaines personnes pourraient voir en No Record quelque chose d’effrayant au cube. Pas moi. J’adore le Nihilist Spasm Band. Et No Record est leur tout premier disque, paru en 1968. Je ne l’avais jamais entendu – tous les autres, oui, mais par celui-là. Lion Productions vient de le rééditer sur CD avec livret de 32 pages – photos d’époque et d’aujourd’hui, entrevues d’aujourd’hui. No Record est tout simplement halluciant. Faire un tel bruit, un tel vacarme en 1968, et qui plus est à London, Ontario, c’est inimaginable. Pionniers du noise? Ils étaient dix ans en avance. Et 100 000 ans en retard. Bill Exley hurle et se lamente, les instruments s’entrechoquent, on nage en plein absurde. Et le tout est présenté avec un son des plus crus, imparfait (il y a de brefs silences sur la bande). Le groupe est devenu meilleur avec le temps (lire: les relations sonores et la qualité d’écoute se sont approfondies), mais ce premier disque est mythique avec raison, un OVNI qu’il faut entendre pour croire. [Ci-dessous: “Destroy the Nations”, mais pas de la réédition Lion.]
I said I wasn’t doing anything special Halloween-wise, and I stick to it. However, some people could see something terrifying about No Record. Not me. I love the Nihilist Spasm Band. And No Record was their debut LP, released in 1968. I’d never heard it – all the others I have, but not this one. Lion Productions just reissued it on CD with a 32-page booklet full of pics (from then and now), testimonies, and a recent interview with surviving band members. No Record is so way out there it’s incredible. To make such a racket, such noise, in 1968, and in London, Ontario?!? Pioneers of noise music you bet! They were ten years in advance; and one hundred thousand years too late. Bill Exley shouts and pleads, instruments seem to be hitting each other, we’re neck deep into absurdity. And the recording is crude, imperfect (there are tiny gaps in the tape at times). The band became better with time (read: their listening skills and musical relationships deepened), but this first album is mythical for the right reasons. It’s a UFO you need to hear to believe. [Below: “Destroy the Nations,” though not from the Lion reissue.]


2013-11-19

2013-11-18: Taylor Ho Bynum 7-Tette, Gabriel Saloman, Shub-Niggurath

Journal d'écoute / Listening Diary 
2013-11-18

TAYLOR HO BYNUM SEXTET & 7-TETTE / Navigation (The Complete Firehouse 12 Recordings) (Firehouse 12)
Le problème avec les compositions à canevas variable, c’est qu’elle prenne par défaut une forme “définitive” lorsqu’elles sont endisquées. Un morceau, comme “Navigation”, aux éléments combinatoires (six mouvements distincts, dont l’ordre, les enchaînements et la teneur dépendent de diverses décisions) se retrouve ainsi figée pour la postérité dans l’une de ses nombreuses formes possibles. Comment, donc, présenter l’éventail des possibilités d’une telle composition à son auditoire? La réponse de Taylor Ho Bynum? En en proposant quatre versions. Et que faire si cela représente vraiment beaucoup de matériel? La réponse de Firehouse 12 Records: publier deux réalisations (Possibility Abstracts X & XI) sous forme de vinyle double, publier les deux autres (Possibility Abstracts XII & XIII) sous forme de CD double, et offrir aux acheteurs de l’un et de l’autre un code pour télécharger l’ensemble. Les quatre réalisations (de 43 à 54 minutes chacune) sont vraiment différentes les unes des autres – suffisamment pour que je décide de les écouter toutes la même journée, sans regretter ce geste. Bynum est un compositeur très fort, on le sait, mais il atteint ici un niveau inégalé. “Navigation” ouvre de merveilleuses possibilités et combinent habilement passages de jazz actuel finement composés, improvisations libres et de nombreux états entre ces deux pôles. Il est appuyé par de très grands musiciens – Jim Hobbs, Bill Lowe, Mary Halvorson, Ken Filiano, Tomas Fujiwara et Chad Taylor. Je crois préféré la version XII, qui contient des passages rythmiques plus appuyés, mais cette impression pourrait bien changer à chaque écoute successive.  [Ci-dessous: Écoutez l’album sur bandcamp.]
The problem with variable-geometry compositions is that they take a “definitive” form by default when they get recorded. A piece like “Navigation”, consisting of combinatory elements (six distinct movements whose order, transitions and feel depends on various decisions) becomes fixed into only one of its countless possible outcomes. So, how can one give the music-buying public an adequate idea of the possibilities of such a work? Taylor Ho Bynum’s answer: by releasing four realizations of said work. And what should you do with such an abundance of material? The Firehouse 12 label’s answer: release two realizations as a double LP set (Possibility Abstracts X & XI), two more as a double CD set (Possibility Abstracts XII & XIII), and give buyers of either a code to download the whole shebang. All four realizations (each 43 to 54 minutes in length) are truly different from one another – enough so that I decided to listen to all four today, and I didn’t regret that decision. Bynum is one strong composer, that I knew, but here he achieves an unparalleled level. “Navigation” opens wonderful possibilities and combines carefully written-down avant-jazz passages, moments of free improvisations, and numerous other states in between these extremes. And Bynum is surrounded by top musicians: Jim Hobbs, Bill Lowe, Mary Halvorson, Ken Filiano, Tomas Fujiwara, and Chad Taylor. I believe my favourite one is version XII, which contains heavier rhythmic bits, but that feeling will probably change with each subsequent listen. [Below: Listen to the album on bandcamp.]

GABRIEL SALOMAN / Soldier’s Requiem (Miasmah – merci à/thanks to Dense Promotion)
Deuxième album solo de Gabriel Saloman (une moitié des Yellow Swans). Soldier’s Requiem convient parfaitement à l’esthétique de l’étiquette Miasmah (qui publie aussi Kreng et Svarte Greiner): mélange de post-classique, de drone, de bruitisme, d’un gothique raffiné. “Mine Field” propose de splendides guitares planantes qui évoquent Godspeed You Black Emperor, avant d’introduire un piano un peu bancal qui nous plonge directement dans le territoire un peu horreur/suspense de Kreng. On a aussi droit aux percussions d’une marche militaire de fin du monde, entre autres bonbons amers. Pas parfait au niveau du “pacing”, mais très réussi.
Second solo album by Gabriel Saloman (one half of Yellow Swans). Soldier’s Requiem is a perfect fit for the Miasmah label (who also has releases by Kreng and Svarte Greiner): a blend of post-classical, drone, noise, and a sophisticated Gothic esthetic. “Mine Field” features gorgeous guitar textures reminiscent of early Godspeed You Black Emperor, before it introduces a clanky piano that takes us straight into Kreng’s horror/suspens pasture. The percussion line of an end-of-the-world military march also ranks among the bitter ear candy this album has to offer. Not perfect pacing-wise, but an artistically successful album.

SHUB-NIGGURATH / C’étaient de très grands vents (Musea)
Évidemment, les Français Shub-Niggurath ont peu endisqué, ce qui donne l’impression que leur musique a progressé par d’immenses bons. Or, cinq ans se sont écoulés entre Les Morts vont vite (1986), un sommet du rock-in-opposition zeulesque, synthèse d’Univers Zero et de Magma, et C’étaient de très grands vents (1991), où l’improvisation et les techniques étendues occupent beaucoup de place (mais moins que sur Testament). Ce deuxième disque studio est toute une aventure, une écoute difficile. L’arrivée du batteur Edward Perreau change complètement la donne – finesse, recherche et spontanéité remplacent la pesanteur (fort agréable) du premier disque. Déroutant, même s’il y a des moments forts. Il faut presque approcher ce disque comme l’œuvre d’un autre groupe.
Of course, French band Shub-Niggurath recorded very seldomly, which gives the impression that their music progressed in huge leaps. But five years went by between Les Morts vont vite (1986), a magnum opus of in the field of zeulesque RIO, a synthesis of the soundworlds of Univers Zero and Magma, and C’étaient de très grands vents (1991), where free improvisation and extended techniques take a lot of room (but not as much as on the next one, Testament). This second studio opus is quite an adventure, and a demanding listen. The arrival of drummer Edward Perreau changed everything – finesse, research, and spontaneity replaced the (quite enjoyable) heaviness of the debut album. A surprising album, not without its highlights, but it should be approached as the work of a different band, as for Testament.